The Graveyard : des émotions via l'interacif

Tale of Tales, entreprise de développement de projets interactifs (jeux vidéo) vient de publier aujourd’hui un bref mais très intéressant jeu. Appelé « The Graveyard » (le cimetière), le soft consiste en une scène que les responsables du projet décrivent volontairement comme étant une peinture explorable plus qu’un réel jeu.

Le gameplay, si on peut l’appeler ainsi, est simple: vous incarnez une vieille dame arpentant un long chemin de cimetière vers un banc ou elle souhaite s’asseoir. Une fois assise, une cinématique a lieu, à l’issue de celle-ci, vous accompagnerez la vieille dame hors du cimetière.

La valeur et l’intérêt du projet ne résident pas dans son gameplay mais bien dans l’expérience esthétique, soigneusement conçue et les réactions émotionnelles provoquées au joueur.Vous pouvez le télécharger gratuitement (PC et Mac) et l’essayer par vous-même ! Lorsque vous l’aurez terminé, je vous invite à partager vos avis via les commentaires.

 

L’interactivité est un phénomène puissant. Le cimetière aurait pu être décliné via un court métrage sur YouTube, il n’aurait rien perdu de ses qualités de présentation, ou de son message. Mais l’interaction très limitée des échanges avec le personnage – je peux juste avancer vers l’avant ou vers l’arrière – renforce instantanément les liens, ils deviennent plus profonds et plus puissants que lors d’un simple visionnage vidéo.

La raison est simple, lorsque je prends le contrôle de la veille dame, je comprends très vite qu’elle est fragile dû à son age avancé. Dans un premier temps, elle marche de manière relativement convaincante jusqu’au banc, qui semble pourtant très éloigné. Après quelques pas, elle ne peut plus suivre le rythme et se met à boiter s’appuyant sur sa canne. L’objectif atteint, je suis heureux de pouvoir simplement la voir s’asseoir et se reposer. La cinématique démarre – c’est une chanson, dont les sous-titres sont en anglais. Au début, les paroles semblent niaises, après quelques secondes, je cerne très vite qu’il s’agit d’une mélodie afférent à la mort, aux personnes mourantes.

Via un gros plan, j’aperçois alors la tête de la vieille dame et la profondeur de ses rides. Elle écoute attentivement la chanson raisonnant dans son esprit, alors que des pierres tombales défilent en transparence… Commence alors mon interprétation : elle pense certainement aux différentes personnes décédées avant elles, une sorte de méditation autour de la mort… (à tout moment, vous pouvez mettre fin à cette triste réminiscence). La partie se termine une fois que vous quittez le cimetière.

Pour $5 (3,33euros – Paypal), il est possible d’acheter la « version complète » de Graveyard. Le jeu est identique à la version d’essai hormis une fonctionnalité : la vieille dame peut mourir.

Je me laisse tenter…

Dans cette version, sans avertissement, alors qu’elle est assise sur le banc, ses épaules s’affaissent, sa tête s’abaisse et sombre ainsi dans la mort. Une fois le choc du décès passé, et réconcilié avec le fait que rien d’autre ne peut lui arriver, j’éprouve le sentiment de la bonne fin : elle avait du voyagé assez longtemps et n’avaient plus rien à visiter, elle avait du perdre ses proches et devait avoir besoin de se reposer. La mort est alors dans son cas une libération et ce grace aux 3,33 euros de mon compte Paypal. 😉

L’idée d’un jeu vidéo au sujet d’une vieille dame méditant la mort : je doute fort de voir débarquer le soft sur le Playstation Network ou le Xbox Live.

Le studio Tale of Tales continue ainsi de démontrer, qu’ à partir d’idées très habiles sur la façon d’utiliser les jeux, il est tout à fait possible d’obtenir une forte réaction émotionnelle auprès des joueurs. Auriea Harvey et Michael Samyn sont déterminés à explorer le potentiel des médias interactifs. Ils prônent le courage de l’abandon des standards et le développement de nouveaux types d’interaction, de nouvelles émotions, de nouvelles histoires.

Arriveront-ils à rendre le jeu plus intéressant qu’il ne le devient ?

Je n’ai aucune expertise sur l’avenir des jeux vidéo, bien que la course au vide d’intérêt mais à la plastique resplendissante soit déjà entamer, j’admire les gens talentueux qui se font un point d’honneur à essayer.

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